samedi 19 janvier 2013

Pas d'aquarium sans ostracode !


On me dit que certains continuent à mettre des filtres pour les aquariums !

Je sais que je suis un brin provocateur, mais on a déjà expliqué ici que c'était parfaitement inutile, puisque ça ne réduit pas d'un microgramme la quantité de nitrates... Et que le résultat de la filtration est également obtenu... sans filtration.

Il est vrai que le saut culturel n'est pas négligeable puisque, même les plus chevronnés parmi nous ont quelques suées avant de débrancher ce qu'on nous a toujours appris être vital pour nos aquariums. On a beau avoir compris que ça ne sert à rien, refait sur une feuille le cycle de l'azote vingt fois, recalculé la quantité d'azote et de nitrates en moles et en grammes, on flippe.
Un peu comme quand on vous dit de sauter dans un filet du haut d'un immeuble ; ça fout les chocottes !

En revanche, on me dit aussi qu'il y a encore, dans ce pays, des aquariums... sans ostracodes !
Oui, je sais, c'est assez incroyable, on se demande même ce que fait le gouvernement devant un tel scandale, mais c'est un fait : l'ostracode est encore absent de nos pratiques, alors même qu'il n'existe pas un centimètre carré de nature aquatique qui ne grouille pas de ces petites bestioles adorables.


Car, contrairement aux bactéries et algues diverses, si on n'introduit pas une souche d'ostracodes dans ses bacs, bassins et poubellariums, ils n'y viendront pas tout seuls.

L'ostracode est cette petite bestiole, apparentée aux crevettes et donc aux daphnies, dont la silhouette évoque irrésistiblement un haricot. Un haricot de 1 mm qui galoperait sur le fond et parfois sur les parois, ne servant apparemment à rien et pas très impressionnant sur le plan intellectuel. Bref, la bestiole con par excellence.

Et pourtant, l'ostracode est tellement universel dans la nature, à la base de toutes les chaînes biologiques, qu'il mérite un peu plus de considération.

Issus de la préhistoire de chez préhistoire, on en trouve des quantités incroyables dans les sédiments du monde entier, et les scientifiques s'en servent pour dater les roches dans lesquelles ils sont fossilisés. Ils existent par milliers d'espèces, nous ont précédés et survivront à tout le monde, y compris aux plus coriaces d'entre nous (je pense par exemple à Mauricette).

Contrairement aux daphnies, la plupart nagent pas ou peu. Ils grouillent au fond. Ce sont en réalité, comme les daphnies, de très petites crevettes habillées d'une carapace enveloppante en deux moitiés (bi-valves), dont leurs petites pattes dépassent à peine. Ils grandissent en muant, et leurs mues riches en calcium font le délice des crevettes, des escargots et autres bestioles aquatiques.

Mais surtout, les ostracodes sont les détritivores tout-terrain de base. Si l'on sait depuis longtemps que les « poissons-nettoyeurs » n'existent pas, on découvre avec l'ostracode un nettoyeur-fossoyeur infatigable, une sorte de fourmi aquatique, présente sur tous les coups et éliminant le moindre déchet en un minimum de temps. Tout tissu mort croule sous leur nombre et est nettoyé en un temps record.
Comme les escargots et les daphnies, les ostracodes ont aussi tendance à faire baisser la dureté de l'eau sur le long terme, en captant le calcium.

Enfin, les ostracodes, comestibles pour les poissons mais pas très appétissant car un peu coriaces, représentent une nourriture vivante de réserve comme aucune autre espèce. Là où une distribution de daphnies est éradiquée par les poissons en quelques heures, les ostracodes sont généralement boudés. Ils parviennent ainsi jusqu'au sol et s'y installent. Ce n'est que lors des petits creux, par exemple quand vous partez en vacances, que les poissons se résoudront à les grignoter. Finis les affreux « blocs vacances » plâtreux du commerce, et bonjour la nourriture vivante permanente !

Et voici comment on transforme des déchets polluants dans un aquarium en bestioles comestibles, vivantes, disponibles en permanence et quasi-invisibles !



13 commentaires:

Auctor a dit…

Amen.

dans les autres, je sais pas, mais dans mon bac à betta ils sont tellement bien que je les vois par centaines sur les vitres.

bouc.man a dit…

bojour, ou peut-on trouver des ostracodes ?

Administrateur a dit…

L'ostracode de compétition :
www.abricia.com

Administrateur a dit…

Plus précisément, je suis allé vérifier sur leur site...

Pour les souches de départ :
http://www.abricia.com/shop/article_3701/Ostracodes-%3A-souche-de-d%C3%A9marrage.html

Et pour les kits d'élevage (très bien fichus, je trouve) :
http://www.abricia.com/shop/article_3709/Ostracodes-%3A-kit-d'%C3%A9levage-complet-AbriciaBox.html

Ils ont maintenant des recharges pour les kits.

Christophe a dit…

J'ai débranché mon filtre il y a 1 mois et j'ai enfin des ostracode dans mon bac. Le soucis, c'est que mes poissons en mange !

Gerald Bergelin a dit…

Moi je l'ai débranché il y a moins d'une semaine, et sans transpirer ! :) J'étais sûr de moi après avoir lu ce blog et autres sites. Merci beaucoup. Et je tente plein d'exppériences sympas à partir d'eau d'un marais dans les bois, pleine de daphnies et autres.

Kléément Abt a dit…

Bonjour, voilà j'ai un aquarium de 37L avec des guppy pour la repro pour ma tortue (Je sais que beaucoup vont m'insulter ect.. Mais faut bien qu'elle mange aussi) et je n'est pas envie de mettre de filtre dedans, j'aurais voulu savoir si je peu mettre un peu d'eau d'un ruisseau, ou marécage dans mon aquarium pour avoir les micro organisme qui sont important a la stabilisation du bac ? Merci, vous pouvez me repondre par Mail svp (klement-f@hotmail.fr)

quentin delmotte a dit…

bonjour,
je viens de créer un petit aquarium d'une cinquantaine de litres, et celui-ci je voudrais le laisser libre d’évoluer sans (trop) d'action de ma part, non pas par flemme mais par conviction qu'un micro écosystème peu se développer sans véritable action extérieur.
pour ça j'y ai introduit deux espèces de poissons assez proches de petites tailles ( barbus titteya et brachydanio rerio).
deux espèces bien robuste qui pardonne un peu les erreurs que je vais sans doute faire.
l'aquarium c'est stabilisé puisque ça fait maintenant quelques mois mais il me manque toutes souches de zooplancton.
j'ai voulu y introduire des daphnies mais elles n'ont pas fait une journée.
ma question est donc la suivante comment introduire une souche de zooplancton pour eau douce dans un aquarium habité et qu'il prospère?

quentin delmotte a dit…

est-ce que vous n'avez pas de réponses ou simplement plus personnes ne vient sur le forum?

quentin delmotte a dit…

bonjour,
trois mois et toujours pas de réponses, pourtant je vois bien quelques articles récents.
êtes-vous sectaires à ce point de ne répondre qu'aux membres de votre communauté?
quoiqu'il en soit, j'ai pris leçon de vos articles en générale, et ai fait ma propre expérience sur les zooplanctons, phytoplanctons, crevettes etc...
au final, merci d’être sectaire et communautariste ça permet aux autres d'apprendre beaucoup sur les poissons et autres espèces, ainsi que sur la population élitiste de l'aquariophilie au naturel!!!! bonne saison printaniere.

Administrateur a dit…

Bonjour Quentin,

Absolument désolé pour mon silence. Il n'y a pas de mépris là-dedans, bien au contraire, mais vous avez dû constater que le blog est un peu au ralenti et je ne suis pas toujours très présent pour lire les commentaires ces temps-ci. Toutes mes excuses donc.
Du zooplancton dans un aquarium peuplé, surtout avec des cyprinidés comme le danio et le titeya, ne durera pas longtemps, évidemment. Il n'y a pas beaucoup de solutions à ça, à part peut-être si un compartiment de décantation existe. En permettant l'accès aux bestioles, il suffira peut-être pour que quelques-unes survivent et se reproduisent...
Le plus sûr, me semble-t-il, serait d'immerger un petit filet (certains pondoirs sont faits en filet) dans lequel seront introduites les bestioles diverses. Elles pourraient ainsi travailler tranquillement, filtrer l'eau, etc. sans se faire dévorer. Il suffirait alors de temps en temps de baisser un peu le filet pour nourrir les poissons avec les daphnies qui s'échappent...

Delphine Ruet a dit…

Bonjour!

Ton article est très intéressant!

J'ai un nano aquarium de 15L spécifique red cherry en lowtech, avec un apport de lumière, sans chauffage sans filtre... filtre remplacé par des ostracodes. Tout se passait à merveilles, jusqu'au jour où j'ai eu un pic de naissance d'ostracode! Pourquoi je ne sais pas, peut etre un excès de nourriture ? Le fait est qu'ils sont tellement nombreux qu'ils mangent mes plantes! Je vois des feuilles coupées de leur tige remonter à la surface et se faire dévorer...
As-tu une technique pour limiter la population des ostracodes ?
Je pensais peut-être rechercher un prédateur mais dans 15L... et je ne voudrais pas que ce prédateur mange mes zoés...

Merci!
Delphine

Floxit a dit…

Bonsoir !

J'ai fort apprécie ton article qui défend la microfaune en aquariophilie. C'est un tort de s'en débarrasser sous prétexte qu'ils seraient répugnants, alors que je les trouve au contraire adorables à observer, une équipe de nettoyage qui participe à l'écosystème.

Je n'ai hélas pas trouvé d'ostracodes dans notre nature environnante, dominée par d'autres types de "puces d'eau". J'en ai finalement trouvé chez mon aquariophile, mais ils sont plus petits et ovoïdes, alors que ceux que j'avais dans mon aquarium avant qu'ils ne disparaissent étaient plus grands et ronds, comme les daphnies à priori mais ces derniers sautillent comme des puces, les copépodes nagent vraiment plus comme des crevettes.

Aurais-tu toujours cet aquarium avec tes ostracodes ? Car j'ai appris qu'il existait plusieurs variétés de la même espèce. Il serait intéressant de comparer avec les tiens. Aurais tu des photos de tes propres specimens, et s'ils sont différents des miens, pourrait ton envisager un envoi par courrier ou un échange si les miens t'intéressaient ?