jeudi 4 janvier 2018

Aquarium naturel et biodiversité... de Noël !

Oh ! Il neige dans mon aquarium-naturel-expérimental-de-salon !

Vous savez, celui que je vous ai montré ici et qui me sert à des expériences sordides et démoniaques...
D'ailleurs, pour plus de simplicité, je propose que nous l'appelions désormais « aquarium naturel 90-120-130 », en hommage à Mauricette qui a pas mal forci pendant les fêtes.

Donc, comme je disais, mon aquarium naturel 90-120-130 s'est transformé, pour Noël, en véritable boule à neige.

La photo parle d'elle-même.

Mais, me direz-vous, jeunes Padawan, avec la naïveté qui vous sied tant, comment cela est-ce-t-il possible ?

Deux raisons à ce phénomène.

La première, c'est que le vieux Mattier est toujours pas foutu de faire une photo correctement et que c'est pas vraiment de la neige, mais des petits trucs complètement flous.

La seconde, c'est que ces petits trucs complètement flous, ce sont des myriades de daphnies. Des daphnies très particulières, puisque je n'en possède actuellement aucune de cette espèce.
Il s'agit d'une espèce plus petite que la daphnie pulex, et même, me semble-t-il plus petite encore que la réputée minuscule moina. Mais peut-être me trompé-je, la détermination des espèces de daphnies exigeant l'intervention de gens très spécialisés, dédiant leur vie aux loupes binoculaires, et donc encore plus bizarres que votre serviteur.

J'ai pourtant souhaité, dès le début, que ce bac soit absolument sans daphnies. Mes précautions allaient jusqu'au rincage soigneux des mains avant toute intervention ou contact avec l'eau. On fait une expérience scientifique ou on la fait pas, hein !

Et pourtant, voilà plusieurs mois, quelques individus de cette espèce étaient apparus. Leur présence n'a duré que quelques semaines, et ils n'ont pas semblé trouver leur place dans l'écosystème 90-120-130. L'introduction involontaire des bestioles a forcément dû se faire sous la forme d’œufs de durée (semblables aux cystes des artémias) accrochés sous un ongle au retour d'une de mes ballades près d'une mare du Parc Naturel où je sévis. Je ne vois en effet pas comment un individu vivant aurait pu passer à travers mon faisceau de précautions.

Cela, déjà, en dit très long sur l'intensité de la pression de la vie et de la biodiversité sur tous les milieux. Aucun point d'eau naturel ne peut rester vide longtemps. Les pattes des oiseaux, leurs fientes, les transhumances des crapauds, la poussière apportée par le vent... tout apporte la vie, sous des formes infiniment petites et donc omniprésentes.
Le mythe d'une forme de stérilité ou de maîtrise des espèces, qui est celui de l'aquariophilie traditionnelle (et de l'agriculture conventionnelle) est une fable d'ingénieur. Même l'air environnant contient, on le sait, une grande quantité de bactéries en suspension...
Donc, un peu comme la chauve-souris du sketch de Bigard, une daphnie a réussi un jour à traverser toutes mes barrières et à venir narguer ma suffisance coupable de mec qui croit tout maîtriser, y compris la nature. Leçon d'humilité, hein ?

Mais bon, je les croyais disparues depuis.

Mais là, à Noël, c'est à la faveur de l'apparition d'un petit nuage bactérien en surface que les daphnies ont réapparu. Et, cette fois-ci, elles l'ont fait en nombre. J'en ai des milliers, partout !
Les pionnières avaient dû, à leur tour, truffer le bac d’œufs de durée avant de mourir. Cette forme de vie hibernante, qui attend que les conditions redeviennent favorable, un jour...

Je dis toujours à mes clients de ne jamais jeter l'eau qui a contenu des daphnies quand ils ont perdu leur souche. L'illustration est sous vos yeux : l'infiniment petit est foisonnant, il domine les écosystèmes, leur sert de base.
Vous n'aurez jamais deux bacs, naturels ou pas, deux poubellariums semblables, pour cette raison. Chacun aura son microbiote, sa micro-faune. Cette infinie complexité qu'il est vain de vouloir recenser ou maîtriser. Mieux vaut l'observer et l'accompagner. C'est cela, la clé, le fondement véritable de l'aquariophilie naturelle.

Ces daphnies vont être régulées par les autres espèces et participeront à un nouvel équilibre, à l'état actif ou hibernant... Je n'ai pas de souhait pour leur avenir, je me délecte juste à observer ce petit monde qui ne fait que changer sans cesse.


Cela nous amènera au prochain billet, où nous parlerons de bio et de permaculture.

3 commentaires:

Gerald Bergelin a dit…

Très chouette ton bac. C'est bô quand ça grouille de petites choses ! ^^
Moi aussi j'ai balancé un peu d'eau de différentes mares dans mes bacs, et j'ai (malgré quelques poissons qui mangent tout) toujours quelques cyclops et même de temps à autre une hydre d'eau douce, j'ai même eu une petite boule de 1cm² faite d'hydres ou un truc semblable (genre les trucs qui se cache quand on approche la main, mais en tout piti piti).

David a dit…

Cher chevalier Mattier. C'est toujours avec grand plaisir que je lis tes aventures. Je vois que Mauricette ne s'est pas privée pendant les fêtes...
Tes expériences sont vraiment intéressantes du point de vue biologique mais également philosophique.
La nature reprend ses droits pour créer un équilibre. Comme disait le chevalier Lavoisier, rien ne disparaît, tout se transforme. J'ai plusieurs bacs,"traditionnels", un petit nano de 30 litres naturel où des crevettes côtoient des aselles de chez AQUAZOLLA et des physes. Tout ce beau monde se croisent et se complimente.
J'ai un nouveau bac de 100 litres, sans filtre et sans chauffage dans le garage, où des daphnies de chez AQUAZOLLA "volent" autour de la ceratophyllum...
J'attend bientôt de nouveaux arrivants...
Tu es dans aucun doute le meilleur spécialiste de l'aquarium naturel. Tu es une source d'inspiration. Merci.

Nort Crusader a dit…

Mattier c'est un poète avant tout, le Baudelaire de la micro-faune, le Verlaine de la bactérie.

En tout cas grâce à toi j'ai redécouvert tout le plaisir de l'aquariophilie.