mercredi 15 novembre 2017

Blackworms : des vers aquatiques pas fous du sexe

J'ai à la maison un aquarium totalement expérimental. J'y fais des observations que je note soigneusement dans mon petit calepin que j'ai piqué à Columbo.

En eau depuis bientôt un an, j'en limite l'accès strictement aux bestioles autorisées par moi-même pour faire varier l'écosystème puis en tirer des enseignements.
Bref, je fais ce travail pour la science, pour la France et, quelque part, pour l'Humanité toute entière...

Vous n'imaginez pas à quel point il est difficile, voire impossible, de contrôler tout ce qui entre dans un aquarium. En l'occurrence, c'est un aquarium totalement naturel, sans filtre, sans aucune machine ni pompe d'aucune sorte. Juste de l'eau et de la lumière. Le truc zen, quoi...
J'ai vu y apparaître nombre de bestioles que je n'avais pas introduites : 2 espèces nouvelles d'ostracodes, des planaires (une seule espèce pour l'instant) et même quelques aselles qui ont dû jouer les passagers clandestins dans une plante pour tromper ma vigilance !

L'aquarium est peuplé de crevettes Neocaridina davidi noires, les fameuses Black roses, magnifique variante de la Red Cherry. Elles se débrouillent en mangeant les bactéries qui forment un bio-film sur tout ce que contient l'aquarium : plantes, sable, etc.
Pas de poissons ; ce sont des prédateurs qui auraient tôt fait de réduire à néant toute biodiversité. J'en mets d'ailleurs de moins en moins dans mes aquariums. Je vous dirai pourquoi une autre fois.

Parmi les espèces de bestioles volontairement introduites, il y avait les fameux Blackworms, superbes vers aquatiques de la famille de notre célèbre lombric, portant d'ailleurs le doux nom de Lombriculus variegatus.
J'adore ces vers fascinants, leur couleur, leur danse muette qui ressemble à celle des anémones de mer, et surtout leur reproduction un peu mystérieuse, réputée capricieuse.
J'avais introduit trois vers en janvier 2017, à l'installation de l'aquarium, juste avant les crevettes..
Nous sommes maintenant en novembre 2017 et voici le résultat :

Et il y en a comme ça un peu partout dans l'aquarium.
Comme dans tout écosystème , leur pullulation est probablement temporaire et sera tôt ou tard modérée par d'autres espèces ou micro-organismes. Mais j'aime ce spectacle.
Heureusement qu'aucun poisson ne peut les attraper, car ils en sont particulièrement friands !

Bien sûr, ces vers sont capables de se reproduire sexuellement comme vous et moi... euh... enfin, comme vous.
Mais c'est pour leur espèce le plus mauvais moyen de se multiplier. Ils ne le font d'ailleurs que dans la nature, et presque jamais en captivité, allez savoir pourquoi (peut-être la pudeur).
C'est comme moi : si on me regarde, j'peux pas !

Par contre, le Blackworm peut se reproduire par division. Coupez-le en deux, et chaque moitié repoussera pour former un nouveau ver entier, avec une tête et tout le matos !
Il suffit qu'un fragment de ver comporte au moins 3 segments (donc presque rien) pour qu'il puisse reformer un ver complet. Et cette fragmentation, ces imbéciles sont capables de la provoquer eux-mêmes, spontanément.
C'est donc apparemment ce que mes trois pensionnaires ont fait chez moi, avec une fréquence incroyable...
Le sol de mon aquarium a dû, à un moment, être une niche écologique vide, disponible, et ils ont fait le forcing pour l'occuper au maximum avant la concurrence !

Bref, en seulement 11 mois, ils sont devenus des centaines et ils se pavanent, emmêlés dans les algues filamenteuses qu'ils adorent, pour narguer les crevettes...
Ils apportent leur part de biodiversité dans l'intérêt de l'équilibre de l'ensemble, eux et les bactéries qu'ils contiennent. Car, comme les ostracodes, ils font caca !

Et votre serviteur passe ses soirées, avec sa loupe et son mini-microscope, à les observer comme un môme qui a découvert une fourmilière.


Hier soir, c'est mon chien qui m'a dit d'aller me coucher : il était 2h00 du matin !


2 commentaires:

Nort Crusader a dit…

J'adore!

Par contre, tu me diras pour les crevettes, je suis quasi certain que les gammares s'attaquent aux juv., et stressent les adultes.

En quelques mots:
il y a 2 ans, je disposais de quelques blue jellys, avec une repro ininterrompue. J'introduis des gammares, qui se reproduisent comme des lapins. Du jour où la population de gammares est devenue conséquente, plus aucune repro., et disparition de quasi tous les juv.

Ton avis m’intéresse car tout faisait penser à une prédation des juvs (en même temps le bac était petit).

Administrateur a dit…

Oui, Nort Crusader ! Parfaitement bien observé !
En effet, les gammares sont parfaitement capables de prédation.
Dans la nature, les gammares attrapent avec une grande dextérité des daphnies et des larves de moustique, qu'elles grignotent ensuite entre leurs pattes. C'est un spectacle assez impressionnant.
Leur pression est tout à fait négligeable sur une population nombreuse de daphnies ou de larves d'insectes, puisqu'elles ne prélèvent qu'occasionnellement quelques individus.
Mais dans un bac de crevettes, cela peut finir par empêcher toutes les juvéniles de devenir adultes !
Donc, pas de gammares dans un bac destiné à accueillir des crevettes.
Aselles, daphnies, ostracodes, blackworms, escargots... toutes les bestioles font un très bon voisinage, favorable aux crevettes. Mais pas les gammares !